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La
ville de Compton, dans le sud de Los Angeles et n°12 sur la liste des
banlieues les plus pauvres de tous les États-Unis, s’est invité
dans la bagarre de différentes façons : La municipalité dépense
70% de son budget à la sécurité (avec ses territoires contrôlés
par les gangs où le taux de mortalité rivalise avec ceux de Détroit
ou Miami). Les Forces de Police de Compton, financées par cet argent,
ont gagnées une réputation
aussi mauvaise que celle du Los Angeles Police District (L.A.P.D.)
lui-même. Les brutalités policières sont un problème permanent
dans les communautés Latinos, Samoan et Afro-américaines.
Dépourvue
d’une base industrielle, la principale source de revenue de la ville
est la taxe de propriété rarement augmentée, faisant de la ville
une perdante de la région. Une série de cas de corruption politique
et de combines douteuses de redéveloppement n’ont pas arrangés la
réputation de Compton dans la Californie du Sud et dans le monde.
Cependant, la réputation de Compton est moins due à l’état de
la police locale qu’au succès de son économie souterraine
dont la reconnaissance s’est étendue dans la réalité socio-économique
de la ville. Comme centre meurtrier de l’activité des gangs, où
Crips et Bloods se battent pour le contrôle de territoires et pour le
marché du crack, Compton est
devenu le Q.G. mondial de la musique Hip Hop, particulièrement dans
sa version la plus dure : le Gangsta Rap.
Quand
le groupe N.W.A. (Niggaz With Attitude) de Compton à vendu un demi
million de copies de leur album Straight Outta Compton à l’été
1989 sans aucun support radio ni télévisuel, un déluge de préjugés
se déclencha envers cette communauté marginale.
La création d’une identité commune fut achevée avec une attitude
résolument anticonformiste exprimée avec un style réaliste pointu
et avec une dénonciation du système capitaliste. S’engouffrant
dans la porte qu’avait ouvert N.W.A., d’autres groupes comme Above
The Law ou Comptons Most Wanted cimentèrent l’image de Compton
comme un paradis pour les gangsters. Les succès individuels des
membres de N.W.A. comme Eazy-E, Ice Cube ou DrDre créa une industrie
entière autour du «label » Compton. Une scène Hip Hop
multiculturelle se développa dans les communautés voisines comme
avec les samoans de Boo-Yaa Tribe ou les chicanos de Kid Frost,
contribuant au battage publicitaire de plus en plus porteur des
quartiers sud et est de Los Angeles.
A
la frontière entre un simulacre de stratégie marketing, calqué sur
West Hollywood et Santa Monica, et entre la stratégie de la communauté
des banlieues, les rappeurs de Compton ont souscrits pour une représentation
prétendument non-médiatique de la glaciale réalité pour donner une
identité aux habitants et à toute la ville de Compton. Cette stratégie
de mystification de Compton fut créatrice d’identité positive pour
la vie délinquante des gangsters. Miroitant la logique du territoire
des gangs, la stratégie Hip Hop est finalement un exercice dans
lequel ont peut clamer sa provenance dans cette jungle territoriale de
la ville dans laquelle l’hégémonie est faite à l’encontre de la
population et de la condition de Compton : « Je vient de
Compton» peut-on entendre en boucle dans le morceau « This Is
Compton » du groupe Comptons Most Wanted.
Lorsqu’en
1991, la vidéo amateur montrant l’automobiliste noir de Los Angeles
Rodney King se faire arrêter par quatre argents du L.A.P.D. et
brutalisé sans raison apparente, un scandale nationale éclata et
l’identité créée à l’intérieur de la communauté noire de
Compton se renforça. Après l’acquittement des quatre agents de
police le 30 avril 1992, cinq jours d’émeutes éclatèrent à
Compton puis dans tout Los Angeles. Le phénomène pris une dimension
mondiale et l’opinion publique commença à prendre conscience du
sort de la population noire des ghettos. Durant cette période d’émeute,
la guerre des gangs fit une trêve et la population de Compton fut
unie.
On
recense plus de 10400 membres de gang aujourd’hui à Compton contre
un peu plus de 8500 il y a 10 ans.
Cette
notoriété fut confirmée par une sombre séquence d’évènements
conduisant au shooting mortel à Las Vegas de Tupac Shakur,
l’artiste Hip Hop le plus vendeur du label de disque de Los Angeles
Death Row Records basé à Compton. Après ce shooting de septembre
1996, une guerre des gangs éclata dans les rues de Compton et
Lakewood ; un possible suspect du meurtre de 2Pac était un résident
de Compton. Quand, en mars 1997, le rappeur de Brooklyn Notorious BIG
a.k.a. Biggie Smalls fut tué à Los Angeles durant l’annuelle cérémonie
des Soul Train Awards récompensant la musique Afro-américaine, la
connexion fut faite avec la célèbre « guerre des côtes »
entre les rappeurs de New York et Los Angeles (Compton).
©Eazy-E.com
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