Frost est issu de la première génération de rappeurs de la Côte Ouest avec des artistes comme Too Short, Mixmaster Spade et Dr Dre. Il a commencé à rapper en 1982, à dix huit ans. Arturo Molina Junior avait grandi dans des bases militaires, par exemple en Allemagne, mais c’est surtout à East LA, immense quartier mexicain de la cité des anges, qu’il passe la majorité de ses jeunes années. Au début des années 80, L.A est un des centres névralgiques de l’électro et c’est ce courant qui, le premier, va donner le micro au rappeur latino. Uncle Jamm’s Army, un groupe de DJs, de producteurs et de vocalistes joue un rôle majeur sur la scène électro avec des membres tels que The Unknown DJ, Egyptian Lover et Ice- T. Kid Frost fera partie de l’aventure. A cette époque Ice T est son ami et c’est même lui qui lui donne son nom, proche du sien , avec la notion de jeunesse en plus. Ils s’affrontent souvent en live dans les soirées et les clubs, mais c’est pour le show. Au milieu des années 80 le Kid sort ses premiers titres : Rough Cut  avec DJ Yella à la production et Terminator. Le style est parfaitement assuré si vous êtes amateurs de style Old School électro à la World Class Wreckin’ Cru (et que vous trouvez ces morceaux), vous devriez les apprécier. Puis, décevant certainement ses premiers fans, Kid Frost abandonne le rap. Quelques années plus tard on le retrouve dans la poignée d’artistes qui prouvent au monde que les latinos peuvent jouer un rôle majeur dans le hip-hop. Julio G et Tony G le font aux commandes de la légendaire K-Day (première radio mondiale à diffuser du rap 24 heures sur 24), le cubain Mellow Man Ace avec son premier album Escape from Havanna. Pour Kid Frost « the time to shine » a enfin sonné. Son titre La Raza le rend célèbre auprès de la fameuse Raza (la diaspora mexicaine) mais aussi auprès de tout l’auditoire rap. Sur sa lancée, il sort l’album Hispanic Causing Panic avec, entre autres, des collaborations de Julio G et Tony G mais aussi d’un jeune DJ, Battlecat ! Cet album sera un des tous premiers à mixer culture latino, samples salsa et mexicains et la street reality propre au Gangsta Rap. 

Pour Kid Frost plus rien ne sera jamais pareil. Il est reconnu par le milieu du rap mais aussi par les milliers de jeunes latinos californiens. Loin d’adopter l’attitude d’un Kid qui ne pense qu’à lui, il prend ses responsabilités et décide de représenter la Raza jusqu’à ce qu’elle soit en haut de l’affiche. Il le fera dès 1991 dans Latin Alliance, un projet mené avec Mellow Man Ace puis dans son second opus qui permettra à toute une génération d’artistes de LA de figurer sur un disque à diffusion mondiale. Sur le titre Lowrider (On the Boulevard) ils collaborent avec War pour une reprise de leur classique :

 [ Couplet 1: Kid Frost ]

“Oh yeah, another night on the boulevard
Cruisin hard, and everybody's lowridin
Take a little trip with the Frost
And you know what, man?
Everything is gonna be alright
Yeah, bumper to bumper's all eyes on me
Rollin a Chico G '63
Convertable rag-top, and the rag-top's down
On the killer Daytons with the big boom sound
Lift it front to back, pancake from the bottom up
And when we rollin on 3-0, vato, what's up?
Here comes the homeboys cruisin down the loma”
Hittin the switches in a 39 bomba

Ha-ha-ha

ALT, le chanteur Rich Garcia mais aussi une quinzaine de musiciens participent à East Side Story, sorti en 1992. A ce stade, Kid Frost devient l’icône des latinos qui l’invitent à performer live à de nombreux Lowriding Shows, et, par la même occasion, aux disques réalisés pour les tournées du show du célébrissime Lowrider Magazine. Ces compilations du label Thump, figurant déjà des rappeurs tels que Royal T, DJ Laz et MC Blvd, fournissent aux artistes chicanos un de leurs rares moyens de promotion. 

En 1995 après sa participation à la compilation Ridin' Hard: The Lowrider Sound, Monsieur Molina a plus de 30 ans et le temps est venu pour lui de passer à un autre stade. Pour son retour aux affaires, il abandonne le Kid et devient Frost, se fait signer sur le légendaire Ruthless Records de Eazy-E et y pose les bases de son nouveau groupe : Three Deep (A.L.T, Slow Pain et lui même). Mais la mort d’Eazy E, comme pour de nombreux rappeurs de LA, va être non seulement une épreuve émotionnelle mais un obstacle professionnel. Finalement il sera le seul rappeur du trio à être signé sur Ruthless après le décès de son fondateur, les deux autres partant en solo de leur côté. Frost y sort alors le tant attendu Smile Now, Die Later. Le rappeur a eu le temps de maturer son son , confié à des producteurs comme les inévitables Julio G et Tony G, mais aussi à Cold 187um, le génie de la prod noire, façon Pomona. Son discours est aussi plus politique et réfléchi, et bien qu’il ait repris une des vieilles devises des gangsters mexicains pour son titre, il dépeint toute la douleur de la rue et de la vie de OG dans plusieurs titres. Rest in Peace, How Many Ways Can You Lose A Body et Youseemurda en font son album le plus noir, à la limite du Murder Rap. Dans Bamseeya, il raconte la vie de combat d’un ganster, façon western :

“Riding threw a trail of brush and trees
I'd rather die on my feet, than live on my knees
They sent in the cavalry
The US Army, tried to disarm me
A fifty man posse, a three man gang
The odds ain't good, but it ain't no thang
See, somebody's always trying to hurt me
But I come blasting through the door with my fucking 30-30
I fire off one more round
And leave Dodge City looking like a ghost town
Cuz I done battled the Apache, fuck the Comanche
Stomped on the cavalry as if I was a stampede
I fuck up Buffalo Bill, and Billy The Kid when it starts to get in
So if you wanna bet, then I'm your number one bet

And this is what I'm saying as I'm riding through the sunset”

Outre les invités classiques, mais non moins convaincants (O Genius, ALT, Rich Garcia, Diane Gordon) Frost s’est associé les talents des vétérans de Pomona, Above The Law et Kokane. Pour une des premières fois une collaboration a lieu entre des artistes latinos et blacks. Si vous ne connaissez pas encore cet album, n’hésitez pas y prêter une oreille. 

Toujours sur Ruthless, When Hell.A. Freezes Over présente un Frost encore meilleur. Il a trouvé son rythme de croisière ( un album tous les deux ans), s’est associé des artistes aussi divers que percutants ( Domino, Ice-T, Slow Pain Baby Beesh de Potna Deuce et  la chanteuse Diane Gordon). La production est travaillée par des orfèvres comme Baby Beesh, Frost lui-même, Julio G et, 5 ans avant son recrutement par l’écurie Dogghouse, Farid "Fredwreck" Nassar. Résultat : une profondeur sans précédent, une musicalité très funk, bref un son qui n’a pas pris une ride. A redécouvrir. L’année suivante sort Clique, la premier acte de Latino Velvet, la coopération de Jay Tee (N2Deep)et Baby Beesh. Frost, bien sûr, est invité, et il est à la hauteur du projet qui dépasse les frontières des villes ou des couleurs de peau, proposant des collaborations avec des rappeurs latinos ou blacks venus de toute la californie. Frost participe, entre autres, au très bon Die On My Feet et à l’inoubliable Raza Park Remix. 

Après 15 ans d’activité, Frost et devenu incontournable dans le Rap Latino. Les nombreuses invitations qu’il reçoit de tous les États-Unis vont le prouver. Il devient, sans aucun conteste, The Godfather of the Latin Rap Game. Fort de sa notoriété et de ses contacts, il part en indépendant, signé par Koolaide sur le très prometteur Celeb Entertainment qui a déjà sorti l’album des G Fellas. Le vétéran de East LA y signe un des albums les plus aboutis du moment : That Was Then, This Is Now, Vol. 1. Ces lignes ne suffiraient pas à le décrire, il faut l’écouter. Pour vous mettre l’eau à la bouche, on peut citer de nombreuses apparitions des membres de Latino Velvet, de Lawless, de Mad One mais aussi des pointures black comme Kurupt, Xzibit ou B-Legit. Des productions de l’excellent Philly Blunt, de Tony G et même le retour de G Mo. 

Le génie incontesté de la Funk offre même à Frost une de ces dernières apparitions sur Diamonds and Pearls. Westsidaz vous offre un extrait du miracle, a consommer de préférence en écoutant la chanson :

 [Frost avec sa voix légendaire]

“Give it to me girl damelo
Penthouse is the Vallagio
Plushed out with the matchin robes
Celeb jet when it's time to roll
Big ball and that's all I know
V.I.P. that's how I G
Versace that's all I see
Me and you we was meant to be
Do a show bout a quarter to ten
Take your keys to the Range or Benz
You can floss, bring all your friends
Ain't nuttin but a money thing, major ends
Backstage and it's off the hook
All my homies is G's and crooks
Suited up and the party's live
Diamonds and pearls, won't you step into my world

[Roger Troutman, au talk box, bien sûr...]

Baby.. (baby)
I can give you the world  (come on and give me the world)
Baby baby baby (ooh baby) even diamonds and pearls
Do you want it?
Let me lick it up and down
Let me see you move that body round and round
Baby now let me know if you're really down
C'mon let me know if you want it

[Frost, qui dédicace Roger sur ses dernières phrases]

Yeah
This record right here is dedicated to
one of the biggest influences on hip-hop, and R&B
The late great, Roger Troutman
Rest in Peace homey, yeah..”

 

Sur le même label, après des participations à la compilation West Coast Gambinos et à l’inoubliable Get High With Me sur Introduction To Mackin’ de Rappin' 4-Tay, il devient membre officiel de la dream team du rap hispano : Latino Velvet. Velvet City sera un délice de A à Z, offrant aussi bien des chansons pour danser en soirées que des slows à apprécier avec une californian Bitch, des productions 100 % Vallejo. 

Son dernier opus étant un Volume 1, il est tout à fait logique qu’il continue l’aventure avec That Was Then, This Is Now, Vol. 2. Pas de grands discours, le second est dans la veine du premier, à quelques petites différences près. Un peu moins de collaborations, un peu plus de Frost, un recentrage vers le brown pour les invités et une promo du label très insuffisante pour un poids lourd comme Frost. Personnellement le premier volume a ma préférence, mais pourquoi choisir ? C’est ce qu’a pensé Thump, ressentant la demande de disques du parrain sur tous les gros lowriding shows. En 2001 le Party Label a réédité les deux volumes. 28 titres dans la face !! Et pour ceux qui prennent le train en route il y a même, classés dans l’ordre chronologique Frost's Greatest Joints, qui retracent une partie de sa carrière solo (1990 / 2000). 

A un âge où beaucoup ont déjà pris leur retraite, Frost a toutes les raisons d’abandonner. Il a accompli sa mission d’amener le rap latino au top, il a laissé derrière lui des hits inoubliables et n’a quasiment jamais été la proie des médias ou des disses des autres rappeurs. En même temps sa vie est devenue très dure ces dernières années : en deux ans il explique que des proches à lui se sont servi de lui, que son label s’est éteint, et, surtout, que plusieurs membres de sa famille sont morts ... 

Pourtant 2002 ne sera pas une année sans le OG de East LA. Il nous offre son nouvel album, Still Up In This $hit, distribué par Koch (B-Legit, Woodie, Lil Keke…). Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, l’été devrait être chaud : Jay Tee (N2Deep) l’héberge le temps de sa première compilation, Raza Radio. A coup sûr elle recèlera quelques pures perles. What’s Going On ?, signé Latino Velvet, en atteste déjà ... 

Bonne écoute !  

DJ Gone

 

 

Hispanic Causing Panic

Latin Alliance

East Side Story
1990 - Hispanic Causing Panic

1991 - Latin Alliance

1992 - East Side Story

Smile Now, Die Later

When Hell.A. Freezes Over

That Was Then, This Is Now Vol.1

1995 - Smile Now, Die Later

1997 - When Hell.A Freezes Over

1999 - Tha Was Then, This Is Now, Vol.1

That Was Then, This Is Now Vol.2

Still Up In This Shit

2000 - That Was Then, This Is Now, Vol.2

2001 - Still Up In This Shit